L'argent s'apprend —
ou il se subit
Je veux vous parler d'une conviction que je porte depuis longtemps, et qui devient plus urgente chaque année que je passe dans ce métier.
L'économie et les rudiments de la comptabilité devraient être acquis à 18 ans. Pas pour fabriquer des capitalistes en série. Pour rendre les gens libres.
Libres de choisir entre le salariat et l'entrepreneuriat en connaissance de cause. Libres de comprendre ce que signifie un bilan, une marge, un cash-flow. Libres de savoir pourquoi un bon concept ne suffit pas à faire une bonne entreprise, et pourquoi certaines idées brillantes meurent d'une mauvaise gestion de trésorerie.
L'éducation est le seul levier d'émancipation qui ne coûte rien à distribuer, et qui rapporte à tout le monde.
Le monde n'est pas forcément compliqué, mais il est complexe. Tout est imbriqué. L'inflation dépend des taux, qui dépendent des banques centrales, qui réagissent à la géopolitique, qui influence vos revenus, qui détermine vos choix d'épargne. Tirer un fil, c'est tirer sur tout le reste. Ceux qui comprennent ces connexions prennent de meilleures décisions. Les autres subissent.
C'est là que le rôle du conseiller patrimonial devient, selon moi, colossal. Ce n'est pas un technicien de la défiscalisation. C'est un traducteur. Un pédagogue. Quelqu'un qui transforme la complexité en clarté, et la clarté en action.
C'est à cette condition, celle de la pédagogie constante, que la relation de confiance avec un client devient inébranlable. Pas parce qu'on lui vend quelque chose. Parce qu'on lui apprend à comprendre ce dans quoi il investit.
Cette newsletter, c'est un bout de cette ambition. Bonne lecture.
Simon Ruy · Juillet 2026
La BCE remonte les taux —
ce que ça change pour vous
C'était une décision attendue, mais chargée de symbole. Le 11 juin 2026, la Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt de 0,25 point, à 2,25%. Première hausse depuis 2023, après deux ans de détente monétaire progressive. Le signal est clair : l'inflation ne cède pas assez vite, et Francfort reprend la main.
Le contexte a changé. La fermeture du détroit d'Ormuz liée aux tensions au Moyen-Orient a provoqué une flambée des prix de l'énergie. L'inflation en zone euro est remontée à 3,2% en mai, loin de la cible des 2% fixée par la BCE. Christine Lagarde a été explicite : hors de question de répéter l'erreur de 2022, où la banque centrale avait attendu trop longtemps avant de réagir.
Pour l'épargnant, la remontée des taux est à double tranchant. Ce qui enrichit l'un pèse sur l'autre.
Côté pile. La révision du Livret A, programmée au 1er août, devrait mécaniquement remonter. Les premières estimations anticipent une fourchette entre 1,8% et 1,9%, contre 1,5% aujourd'hui. Le LEP, réservé aux revenus modestes et rémunéré à 2,5%, conserve son avance. Les fonds en euros de l'assurance vie bénéficieront progressivement du rendement accru des nouvelles obligations souscrites par les assureurs.
Côté face. Le crédit immobilier, déjà orienté autour de 3,37% sur 20 ans en juin, ne rechute pas de sitôt. Une seconde hausse BCE est envisagée dès septembre par plusieurs analystes. Le marché immobilier, qui commençait à retrouver un peu de souffle, repasse sous pression.
Assurance vie : revoir la part des fonds en euros. Ils bénéficieront de la remontée des taux sur les nouvelles obligations souscrites. La hausse est lente, mais elle est là.
Immobilier : ne pas se précipiter à allonger ses emprunts. La fenêtre de baisse des taux immobiliers est refermée pour un moment. Consolider l'existant vaut mieux qu'emprunter davantage dans ce contexte.
Épargne court terme : profiter du relèvement attendu du Livret A, mais ne pas en faire le pilier de votre stratégie. L'inflation réelle reste supérieure à ces rendements.
En 1973, l'embargo pétrolier a révélé
que l'énergie était une arme
En 1973, l'embargo pétrolier a révélé que l'énergie était une arme. En 2026, la directive du 12 juin l'établit pour l'IA : Washington a ordonné à Anthropic de couper Fable 5 et Mythos 5 pour tout ressortissant étranger. Le 26 juin, elle a imposé à OpenAI une contrainte analogue pour GPT-5.6. Les alliés n'ont pas été consultés. Ils ont été informés.
Ce précédent redessine la carte des dépendances. Des entreprises françaises utilisant ces modèles ont découvert, sans préavis, qu'un gouvernement étranger pouvait interrompre leurs outils. La réponse de Washington à ses partenaires du G7 : un statut de "pays de confiance" donnant un accès dérogatoire, négocié au cas par cas. Autrement dit, une vassalité technologique explicite.
Il ne s'agit plus seulement d'évaluer la croissance d'une entreprise d'IA, mais la stabilité de l'accès que son gouvernement lui accorde.
Pour l'investisseur, le raisonnement est géopolitique avant d'être sectoriel. DeepSeek et les modèles ouverts chinois s'engouffrent dans la brèche. L'IA entre dans l'ère des blocs.
Ceci démontre à mon sens le changement de doctrine de la part US, visant à s'adapter au changement multipolaire du monde. L'impérialisme américain et leur influence interventionniste ne se porte plus sur l'Occident mais sur le continent américain. Les exemples sont multiples depuis l'acte 2 de D. Trump : changement du nom du golfe du Mexique en golfe des Amériques, volonté verbale de "récupérer le Canada et le Groenland" dans le giron des USA, intervention au Venezuela, intervention d'influence politique pour faire élire en soutenant des responsables US compatibles comme en Colombie, en Bolivie ou au Salvador. Tout cela à l'instar des anciens "alliés" européens, avec la volonté de se couper de plus en plus de l'institution UE et le choix ferme de quitter l'OTAN.
Comme énoncé dans cette dernière doctrine sur la sécurité des USA, la Russie n'est plus vue comme un ennemi, la Chine comme un concurrent sérieux commercial et l'Europe décliniste dirigée majoritairement par des gouvernements minoritaires, bellicistes et décadents. Le monde se redessine sous nos yeux, je tâcherai de le décrypter humblement afin de vous guider vers les bons choix stratégiques.
SpaceX en bourse —
et la question qui dérange
Le 12 juin 2026, SpaceX a fait son entrée sur le Nasdaq sous le code SPCX. L'opération a levé 75 milliards de dollars pour une valorisation visée de 1 750 milliards. La plus grande introduction en bourse de l'histoire, dépassant Saudi Aramco en 2019.
Les chiffres donnent le vertige. SpaceX est valorisée 94 fois son chiffre d'affaires annuel. L'entreprise affiche des pertes nettes de 4,28 milliards de dollars au premier trimestre 2026. Et pourtant les marchés se sont arrachés le titre. Comment l'expliquer ?
La réponse honnête, c'est que les marchés ne paient pas les résultats d'aujourd'hui. Ils paient les résultats de demain, pondérés par la probabilité qu'ils se réalisent. Starlink — le service d'internet par satellite qui génère l'essentiel des revenus de SpaceX — croit à une vitesse qui justifie, pour certains analystes, une prime de croissance très élevée. La fusion avec xAI, intégrant Grok et le réseau X, a encore ajouté une couche de potentiel futur.
Quand une entreprise déficitaire vaut plus que la quasi-totalité des États européens, il faut se demander ce que le marché sait, et ce qu'il croit.
Mais cette entrée en bourse pose une question plus large : celle de la valorisation des actifs liés à l'intelligence artificielle. Nvidia, Microsoft, Meta, et maintenant SpaceX via xAI — les marchés intègrent dans les cours des scénarios de croissance extraordinaires pour des technologies encore en construction. Ce n'est pas nécessairement irrationnel. C'est parfois prophétique, comme Amazon l'a été dans les années 2000. Mais c'est aussi parfois une bulle qui éclate.
Deux signaux à surveiller. D'abord, le premier rapport de résultats trimestriels de SpaceX en tant que société cotée, attendu en août 2026 : il donnera la première mesure publique de la trajectoire réelle. Ensuite, le mois de décembre 2026, quand la période de blocage des actionnaires fondateurs expirera, libérant potentiellement un afflux de ventes.
L'action SPCX n'est pas éligible au PEA. Elle peut être logée dans un compte-titres ordinaire, ou indirectement via des ETF thématiques aérospatial ou tech exposés au Nasdaq. L'exposition aux valeurs IA mérite d'être calibrée : pertinente dans une allocation diversifiée, dangereuse en surpondération. La pédagogie prime sur l'enthousiasme.
Retraites : la démographie
ne ment pas
Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les décès ont été plus nombreux que les naissances en France en 2025. L'INSEE vient d'en publier la trajectoire complète : pic de population en 2037 à 69,8 millions d'habitants, puis déclin probable jusqu'à 65,9 millions en 2070.
Ces chiffres sont importants. Mais pour un épargnant, le chiffre qui compte vraiment est ailleurs.
Le ratio de dépendance démographique — le nombre de personnes de 65 ans ou plus pour 100 actifs — passera de 40 en 2026 à 49 en 2040, puis à 62 en 2070. Traduit simplement : 2,5 actifs financent aujourd'hui les pensions d'un retraité. Ils seront 2 en 2040. À peine 1,6 en 2070.
Notre système de retraite a été conçu pour une pyramide des âges qui n'existe plus. Il faut en tirer les conséquences patrimoniales dès maintenant.
Le système par répartition — dans lequel les cotisations des actifs d'aujourd'hui financent directement les pensions versées aujourd'hui — devra absorber cette compression. Aucun scénario raisonnable ne l'évite. La réforme de 2023 a repoussé l'âge légal de départ à 64 ans. Ce n'est qu'une première réponse partielle à une tendance de fond qui durera des décennies.
Les leviers à activer sont connus. Ils sont plus ou moins accessibles selon la situation de chacun, mais tous méritent d'être explorés sérieusement, et le plus tôt possible.
Le Plan d'Épargne Retraite (PER) : déduction fiscale immédiate sur les versements, capital disponible à la retraite. Plus tôt on commence, plus la capitalisation joue en sa faveur. Pour un cadre à la tranche marginale à 41%, chaque euro versé est défiscalisé à hauteur de 41 centimes.
L'assurance vie : enveloppe flexible, transmission optimisée, accès à toutes classes d'actifs. Pas spécifiquement orientée retraite, mais incontournable dans une stratégie de long terme.
L'immobilier locatif : revenu complémentaire au moment de la retraite, potentiel de valorisation, levier du crédit tant que les conditions le permettent. À combiner avec les deux premiers pour diversifier les sources de revenus futurs.
Les SCPI (Sociétés Civiles de Placement Immobilier) : pour ceux qui veulent s'exposer à l'immobilier sans en subir la gestion. Les SCPI distribuent des revenus réguliers issus de loyers mutualisés sur des portefeuilles de bureaux, commerces ou logements. Elles peuvent être logées en assurance vie pour bénéficier d'une fiscalité allégée sur les revenus, ou acquises à crédit pour amplifier l'effet de levier. Un complément de revenu progressif, bien adapté à une stratégie de préparation à la retraite sur le long terme.
Commencer maintenant, c'est choisir. Attendre, c'est subir. La démographie, elle, n'attend pas.
Céder son entreprise —
ça se prépare cinq ans avant
La cession d'une entreprise, ça ne s'improvise pas à six mois de l'échéance. Les dirigeants qui récupèrent le maximum de leur travail de vie sont ceux qui ont commencé à préparer la sortie cinq ans avant de l'exécuter. Les autres laissent des centaines de milliers d'euros — parfois des millions — sur la table, au profit du fisc ou d'un acheteur mieux préparé qu'eux.
Pourquoi cinq ans ? Parce que les outils d'optimisation les plus puissants ont des délais de maturation incompressibles. Parce que la valorisation d'une entreprise se construit dans la durée — un exercice exceptionnel peut être présenté, deux exercices solides commencent à rassurer, trois font une tendance que l'acheteur accepte de payer. Parce qu'une structuration juridique précipitée est une structuration fragile.
Vendre son entreprise mal préparée, c'est brader dix ou vingt ans de travail en quelques mois de négociation.
Le mécanisme de l'apport-cession est l'un des outils les plus puissants à disposition d'un dirigeant qui anticipe. Son fonctionnement repose sur l'article 150-0 B ter du Code général des impôts. Le principe : avant la cession, le dirigeant apporte ses titres à une holding qu'il contrôle. La plus-value latente est alors placée en report d'imposition — elle n'est pas effacée, mais elle est gelée tant que certaines conditions sont respectées.
La holding cède ensuite les titres à l'acquéreur final. Elle perçoit le prix de cession, non amputé de la fiscalité qui aurait frappé le dirigeant s'il avait vendu directement. La flat tax applicable sur les plus-values de cession directe peut atteindre 30% — sur de grandes sommes, le différentiel est considérable.
Condition principale : si la cession a lieu moins de trois ans après l'apport, la holding doit réinvestir au moins 60% du produit de cession dans des actifs économiques éligibles dans les deux ans suivants. Ce réinvestissement maintient le report d'imposition.
Actifs éligibles au réinvestissement : parts de fonds (FCPR, FPCI, SLP, SCR), financement de PME, souscription au capital de sociétés opérationnelles. Le CGP joue ici un rôle clé pour structurer un réinvestissement adapté au profil de risque et aux objectifs de vie du dirigeant.
L'avantage concret : le produit de cession travaille dans sa totalité dès le premier jour, sans ponction fiscale immédiate. La capitalisation opère sur une base non réduite. Sur 10 ou 15 ans, l'effet est massif.
Le risque à éviter : monter une holding à la dernière minute sans réflexion stratégique. L'administration fiscale examine ces opérations de près. La solidité juridique et la cohérence économique du montage sont non négociables.
Les produits structurés —
ce que vos contrats peuvent faire de plus
Votre assurance vie ne se réduit pas à un fonds en euros et à quelques unités de compte investies en actions. Il existe une troisième voie, souvent méconnue des épargnants, qui mérite toute votre attention dans le contexte de taux actuel : les produits structurés.
Qu'est-ce qu'un produit structuré ? C'est un instrument financier construit sur mesure, qui combine une protection partielle ou totale du capital avec un objectif de rendement conditionnel. Son fonctionnement est défini contractuellement à l'avance : à telle date, si l'indice sous-jacent (CAC 40, Euro Stoxx 50, panier d'actions) se situe au-dessus d'un certain seuil, le produit distribue un coupon ou rembourse le capital avec une prime.
Pourquoi ils redeviennent particulièrement intéressants aujourd'hui. Les produits structurés sont construits à partir des taux d'intérêt et de la volatilité des marchés. Avec la remontée des taux orchestrée par la BCE, les obligations qui servent de socle à la protection du capital rapportent davantage — ce qui permet aux structureurs de financer des coupons plus élevés ou des barrières de protection plus robustes. Un contexte de taux hauts fabrique de meilleurs produits structurés.
Un produit structuré bien sélectionné n'est pas un pari. C'est un contrat dont les règles du jeu sont connues le premier jour.
Ce qu'ils ne sont pas. Une garantie absolue. Selon la structure choisie, le capital peut être exposé si l'indice perd plus de 30% ou 40% à l'échéance. Ce risque est documenté, connu d'avance, et doit correspondre au profil de l'épargnant. Un produit structuré mal calibré — trop risqué pour un profil prudent, ou trop conservateur pour un profil dynamique — n'a aucun intérêt.
Leur place dans une allocation. Ils ne remplacent pas le fonds en euros, ni les unités de compte en actions. Ils s'y ajoutent pour cibler une zone de rendement intermédiaire (généralement entre 5% et 9% annualisé, selon les formules) avec une visibilité supérieure à celle des marchés cotés. Dans une assurance vie ou un PER, ils bénéficient en plus de la fiscalité favorable de l'enveloppe.
Quel est le sous-jacent ? Indice large (moins risqué) ou panier d'actions spécifiques (plus risqué, potentiellement plus rémunérateur).
Quelle est la barrière de protection ? Une protection à -40% signifie que le capital est garanti tant que l'indice ne perd pas plus de 40% à l'échéance.
Quelle est l'échéance ? La plupart des produits structurés ont des fenêtres de remboursement annuelles (autocall). La durée maximale est souvent de 10 à 12 ans.
Dans quelle enveloppe ? L'assurance vie ou le PER optimisent la fiscalité. Le compte-titres offre plus de flexibilité mais une fiscalité moins avantageuse.
200 abonnés, 70% de lecture —
merci à vous
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Simon Ruy · Juillet 2026